Electrochocs: un bref historique

Les histoires complètes des faits, anecdotes et tragédies résumés ici pourraient constituer un grand livre.

1938: Après avoir observé des cochons qui avaient reçu des électrochocs dans un abattoir, le psychiatre italien, Ugo Cerletti utilise la même méthode sur un être humain.
Après le 1er choc, son sujet hurle: «Ne m’en donnez pas un autre! C’est mortel»!

Judy Garland photographiée par Richard Avedon en 1963

Judy Garland en 1963. Photo: Richard Avedon

1938-1940: Le psychiatre allemand Lothar Kalinowsky introduit l’ECT en France et en Angleterre. Expulsé d’Angleterre, il arrive aux Etats-Unis et introduit l’ECT par le biais de l’Université Columbia et de l’institut psychiatrique de l’Etat de New York.

Années 40: Des centaines de personnes sont tuées par électrochocs dans les établissements d’euthanasie Nazi.

1943-1950: Internée dans plusieurs établissements psychiatriques, l’actrice Frances Farmer reçoit des ECT contre son gré. La talentueuse actrice n’a jamais pu retrouver ses aptitudes créatives. Elle est morte à l’âge de 56 ans.

1949: A l’âge de 26 ans, Judy Garland reçoit des ECT. Plusieurs tentatives de suicide s’ensuivent. Son biographe, Gerold Frank, écrit dans Judy: «[Elle] n’avait pas de respect pour les psychiatres; elle en avait vu plus d’une dizaine et ils ont tous échoué à l’aider».

1954-1962: L’électrochoc est utilisé pour torturer les prisonniers français pendant la guerre d’Algérie.

1956: Lou Reed, âgé de 14 ans, reçoit de force des électrochocs. Plus tard sa chanson «Kill Your Sons» reflète son expérience: «Tous vos psychiatres de pacotille vous administrent des électrochocs… Chaque fois que vous essayez de lire un livre, vous ne pouvez pas dépasser la page 17 car vous avez oublié où vous étiez. Par conséquent vous ne pouvez même pas lire».

1957: Au 2e Congrès mondial de psychiatrie, le psychiatre Ewen Cameron décrit ce qui est arrivé aux personnes qui ont reçu des ECT: «Il y a une complète amnésie de tous les événements de leur vie».

Ernest Hemingway, 1939

Ernest Hemingway en 1939 à Sun Valley (Idaho)

1960-1961: Ernest Hemingway reçoit des ECT à la Clinique Mayo sous la supervision du psychiatre Howard Rome. Le 2 juillet 1961, peu après être rentré à la maison, il se suicide avec son pistolet favori, peu après avoir écrit: «Pourquoi me détruire la tête, m’effacer la mémoire, qui est mon capital, et me mettre hors-service ? C’était une thérapie brillante, mais nous avons perdu le patient…»

1969: Le réfugié hongrois Victor Gyory est emmené dans une institution psychiatrique en Pennsylvanie où il est maintenu en isolation et forcé à recevoir des électrochocs. Le psychiatre Thomas Szasz détermine que Gyory a été diagnostiqué «schizophrène» parce qu’il ne savait pas parler l’anglais. Grâce à des membres de l’Eglise de Scientologie et au Dr Szasz, Gyory est relâché. Cet événement est à l’origine de la fondation de la Commission des Citoyens pour les Droits de l’Homme par l’Eglise et le Dr Szasz.

1976: Une loi votée en Californie interdit l’ECT sans consentement du patient ainsi que son utilisation sur des enfants de moins de 12 ans.

1982: Les électeurs de Berkley, en Californie, décident que l’administration de l’ECT est un délit dans cette ville. L’infraction peut coûter jusqu’à 6 mois de prison et 500 dollars d’amende.

1993: L’Etat du Texas interdit l’ECT sur les enfants de moins de 16 ans et demande à ce que tout décès se produisant dans les deux semaines qui suivent l’ECT soit rapporté au Département d’Etat de la santé mentale et des déficiences mentales.

2001: Le professeur de neurosciences Peter Sterling, de l’Université de Pennsylvanie, témoigne, lors d’une audience sur les électrochocs, devant le Comité permanent de la santé mentale et des déficiences mentales et des retards de développement de l’Assemblée de New York: «Il est hors de doute que le choc électroconvulsif endommage le cerveau.» La même année, Harold Sackeim, un défenseur de l’ECT, admet dans le Journal of ECT que «pratiquement tous les patients expérimentent une amnésie rétrograde plus ou moins persistante, si ce n’est permanente».

2003: Un rapport publié dans le US Mental Health Foundation déclare: «Les électrochocs endommagent le cerveau, provoquant des pertes de mémoire et une désorientation qui créent une illusion que les problèmes ont disparu. L’euphorie souvent observée est le résultat des dommages au cerveau.»

2005: L’Organisation mondiale de la Santé recommande que l’ECT ne soit plus utilisé sur les enfants.

Décembre 2010: Une revue complète de plus de 100 études et rapports sur l’ECT, effectuée par les professeurs John Read et Richard Bentall (de l’Université de Liverpool) conclut: «Etant donné la forte preuve de dysfonctionnement persistant et, pour certains, permanent du cerveau ... et la preuve d’une légère mais significative augmentation du risque de décès, le rapport coûts-bénéfices de l’ECT est si faible que son utilisation ne saurait être justifiée scientifiquement.»

Janvier 2011: Un panel de la Food and Drug Administration, aux Etats-Unis, écoute des témoignages pour savoir si on devrait retirer le dispositif de l’ECT de la catégorie «haut risque». Une majorité des membres décident de laisser les machines à ECT dans cette catégorie.

Mars 2012: Une étude parue dans Proceedings of the National Academy of Science rapporte une importante «diminution de la connectivité fonctionnelle» entre les lobes préfrontaux du cerveau et d’autres parties de celui-ci suite à l’ECT.

Avril 2013: L’Etat du Connecticut vote une loi qui exige un consentement éclairé avant d’administrer l’ECT à quelqu’un.

Septembre 2013: Suite aux enquêtes sur l’utilisation de l’ECT dans les établissements psychiatriques, le gouvernement régional de la Sicile abolit l’ECT sur toute l’île.

Octobre 2014: Une loi votée par le Parlement d’Australie-Occidentale interdit l’utilisation de l’ECT pour les moins de 14 ans. La loi prévoit une amende de 15000 dollars pour toute personne qui administrerait un ECT à un enfant de moins de 14 ans.

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