Le prof. Thomas Szasz au sujet de la psychiatrie dans notre système de justice

Professeur Thomas Szasz«Il est peu probable que des toxicologues seraient tolérés devant les tribunaux si l’un d’eux constatait avoir trouvé une grande quantité d’arsenic dans le corps d’une personne décédée et qu’un autre déclarait ne pas en avoir trouvé après avoir effectué la même opération. Pourtant, ce triste spectacle est monnaie courante en ce qui concerne les expertises psychiatriques.»

«Les considérations d’ordre psychiatrique introduites dans l’application du droit pénal (par exemple quand on plaide la folie, quand on établit un verdict de folie, dans les diagnostics d’incapacité mentale pour arrêter un procès, etc.) corrompent la loi et font du tort au sujet dans l’intérêt duquel elles sont apparemment employées.»

«Tout comportement criminel doit être contrôlé par le droit pénal; les psychiatres doivent être exclus de l’administration de celui-ci.»

«Ma conviction que la défense de la folie (irresponsabilité pénale) doit être abolie est basée sur deux critiques: l’une conceptuelle et l’autre, pratique. La première est en bref que la folie est un terme douteux qui peut se référer à deux choses: une maladie du cerveau (je dirai quelque chose à ce propos) et une mauvaise conduite. Eh bien, la maladie, la maladie du cerveau, ne cause pas d’actes criminels. L’épilepsie comme maladie du cerveau ne cause pas d’actes criminels. Comme les autres, les épileptiques peuvent ou non commettre des crimes. D’autre part, si le terme de folie se réfère au comportement, c’est une invention. Ce n’est pas une maladie, et les médecins n’ont aucune compétence pour juger cela. Le comportement est généralement déterminé après qu’une personne a commis un crime, habituellement, si quelque chose est bouleversant du point de vue social. La deuxième raison de m’y opposer est que la conséquence de la défense de la folie est généralement l’incarcération au nom du diagnostic, de la maladie et du traitement. Et c’est là un simulacre et un abus de la profession médicale en vue de priver de liberté des personnes nominalement déclarées innocentes.»

«J’ai longtemps soutenu que l’institution de la psychiatrie repose sur l’internement civil et la défense de la folie et que chacun est un paradigme de la perversion du pouvoir. Si la personne appelée “patient” ne viole aucune loi, elle a droit à la liberté. Et si elle viole la loi, elle devrait être jugée et déclarée coupable ou non coupable par le système de justice pénale… Certaines personnes en agressent, violent, volent et tuent d’autres et mettent ainsi en danger la société. En quoi la psychiatrie contribue-t-elle à les gérer? Par l’internement civil, qui est un euphémisme pour la détention préventive; et par la défense de la folie, qui est un euphémisme visant à définir l’incarcération en tant que traitement (ou stratégie pour excuser la culpabilité). Ces deux procédures sont les piliers sur lesquels repose le pouvoir psychiatrique. Chacune authentifie la fiction de l’expertise psychiatrique pour gérer la “dangerosité”. Chacune crée et confirme l’illusion que nous sommes en mesure de faire face de façon judicieuse et satisfaisante aux problèmes sociaux épineux, alors qu’en fait nous les obscurcissons et les aggravons. Le pouvoir psychiatrique corrompt ainsi non seulement les psychiatres qui l’exercent et les patients qui y sont soumis, mais aussi la communauté qui la soutient… Il n’existe aucune justification, ni aucune nécessité d’interventions psychiatriques non volontaires…»

«Si celui qui enfreint la loi n’est pas puni, celui qui la respecte est trompé. C’est là l’unique et seule raison pour laquelle les délinquants doivent être punis: authentifier comme bon, et encourager comme utile, un comportement respectueux de la loi. Le but du droit pénal ne peut être la correction ou la dissuasion; il ne peut être que le maintien de l’ordre juridique.»