La CCHR se joint à l’association Médecins pour les droits de l’Homme (PHR) pour applaudir à la condamnation de Radovan Karadzic, ancien leader et psychiatre serbe

«C’est un jour mémorable pour la justice internationale, mais aussi pour ceux qui, en Bosnie, ont perdu maris et femmes, frères et sœurs, fils et filles dans une campagne de violence orchestrée.» – Médecins pour les droits de l’Homme (PHR) Photo JERRY LAMPEN/AFP/Getty Images

«C’est un jour mémorable pour la justice internationale, mais aussi pour ceux qui, en Bosnie, ont perdu maris et femmes, frères et sœurs, fils et filles dans une campagne de violence orchestrée.» – Médecins pour les droits de l’Homme (PHR) Photo JERRY LAMPEN/AFP/Getty Images

Par la CCDH internationale
L’organisme de surveillance de la santé mentale
25 mars 2016

LA HAYE, Pays-Bas – L’ancien président de la République serbe de Bosnie et psychiatre Radovan Karadzic a été reconnu coupable de génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité par un tribunal des crimes de guerre des Nations Unies et condamné à 40 ans de prison. La Commission des citoyens pour les droits de l’Homme (CCHR) se joint à Médecins pour les droits de l’Homme (PHR) pour saluer la décision historique comme «un jour mémorable pour la justice internationale, mais aussi pour ceux en Bosnie qui ont perdu maris et femmes, frères et sœurs, fils et filles dans une campagne de violence orchestrée». PHR, qui est indépendante de la CCHR, a déclaré: «Il aurait pu avoir pris 20 ans, mais finalement, Karadzic, un psychiatre devenu démagogue, a été tenu pour responsable de ses crimes.» [1]

Le tribunal des Nations Unies a déclaré Karadzic coupable d’avoir orchestré les atrocités serbes pendant la guerre de Bosnie de 1992 à 1995, qui a fait 100 000 morts. [2] Il a également été reconnu coupable de persécution, d’extermination et d’assassinat. [3] CNN et d’autres médias ont rapporté en détail l’histoire de Karadzic, non seulement comme leader politique, mais aussi comme psychiatre surnommé le «boucher de Bosnie». [4]

La CCDH a loué le tribunal pour sa persistance qui a fait que la justice a finalement été rendue et la culpabilité criminelle de «nettoyage ethnique» reconnue. La condamnation de Karadzic est considérée comme une étape positive vers le renforcement du droit international sur la responsabilité pénale des dirigeants politiques pour les atrocités commises par les forces sous leur contrôle. [5]

Tribunal pénal international des Nations Unies pour l’ex-Yougoslavie

Le Tribunal pénal international des Nations Unies pour l’ex-Yougoslavie a convaincu Karadzic de génocide pour le massacre de Srebrenica, qui visait à tuer «tous les hommes valides» dans la ville et à exterminer systématiquement la population musulmane bosnienne qui s’y trouvait.

Le New York Times a rapporté: «Le Tribunal pénal international des Nations Unies pour l’ex-Yougoslavie a condamné M. Karadzic de génocide pour le massacre de Srebrenica, qui visait à tuer ʺtous les hommes validesʺ dans la ville et à exterminer systématiquement la population musulmane bosnienne qui s’y trouvait.» [6] Lorsque de telles atrocités contre les droits de l’Homme ont été portées à l’attention de la CCDH dans les années 1990, la branche française de la CCDH a entamé des recherches approfondies sur le nettoyage ethnique en cours. Comme le Chicago Sun Times l’a déclaré clairement jeudi 24 mars 2016, la mort de plus de 8000 hommes et jeunes gens pendant la guerre de Karadzic fut «le pire massacre en Europe depuis l’époque nazie». [7]

La CCDH, qui a été fondée en 1969, en partie en raison de la Déclaration universelle des droits de l’Homme (qui fait maintenant partie de la Charte internationale des droits de l’Homme) des Nations Unies, a établi ce parallèle entre l’eugénisme nazi et les abus de Bosnie. Dans les années 1990, elle a fait un rapport largement diffusé, intitulé «Les cerveaux derrière le nettoyage ethnique», que l’Association psychiatrique a présenté à un tribunal des crimes de guerre des Nations Unies à La Haye en 1999. Christian Vasseur, secrétaire général de l’Association, a écrit à la CCDH le 27 mars 1995, en la remerciant pour le travail sur les «cerveaux du nettoyage ethnique». Dans l’ensemble des informations recueillies à ce jour, nous n’avions pas une idée précise du nettoyage ethnique organisé par les psychiatres, nous en avions eu l’intuition. Cependant, nous avons persévéré à parler haut et fort et à informer sur la participation des psychiatres au nettoyage ethnique. Le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie a récemment proposé de nous entendre.

Ce qui n’était généralement pas connu à l’époque était que Jovan Raskovic, le fondateur du Parti démocratique serbe (SDP) et Karadzic étaient tous deux des psychiatres qui ont attisé la haine par la propagande raciste. En fait, Raskovic a admis dans une interview à la télévision en 1992: «Si je n’avais pas créé la tension émotionnelle parmi la population, rien ne serait arrivé.» [8] Slobodan Milosevic, le président, homme fort de la Serbie, était aussi un patient de Karadzic.

En septembre 1999, les membres du Conseil de l’Europe ont signé une résolution qui reconnaissait les psychiatres comme architectes de la campagne de nettoyage ethnique. La résolution a encouragé et a invité les membres du Conseil à «étudier les documents recherchés et rassemblés pas la branche française de la Commission des Citoyens pour les Droits de l’Homme…» [9]

Le professeur Frank Schneider, président de l’Association allemande pour la psychiatrie, la psychothérapie et les psychosomatiques, aurait admis publiquement que, sous le national-socialisme, les psychiatres avaient contraint les patients à être «stérilisés, que les morts avaient été orchestrées et qu’ils ont été amenés à commettre des meurtres eux-mêmes. Les patients ont été utilisés comme cobayes pour une recherche injustifiable, recherche qui les a traumatisés ou mêmes tués».

Le professeur Frank Schneider, président de l’Association allemande pour la psychiatrie, la psychothérapie et les psychosomatiques, aurait admis publiquement que, sous le national-socialisme, les psychiatres avaient contraint les patients à être «stérilisés, que les morts avaient été orchestrées et qu’ils ont été amenés à commettre des meurtres eux-mêmes. Les patients ont été utilisés comme cobayes pour une recherche injustifiable, recherche qui les a traumatisés ou mêmes tués».

Dans cette recherche, il y avait des similarités avec le programme d’euthanasie des nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. Il se passera encore dix ans avant que le professeur Frank Schneider, président de l’Association allemande pour la psychiatrie, la psychothérapie et les psychosomatiques, admette publiquement que, sous le national-socialisme, les psychiatres avaient contraint les patients à être «stérilisés, que les morts avaient été orchestrées et qu’ils ont été amenés à commettre des meurtres eux-mêmes. Les patients ont été utilisés comme cobayes pour une recherche injustifiable, recherche qui les a traumatisés ou même tués». Plus tard, la psychiatrie, «ne se sentait plus d’obligation à l’égard des individus. Les psychiatres ont plutôt commis des abus et ont tué un grand nombre de gens au nom d’un soi-disant progrès, de la libération de toute une société de la charge de fournir du bien-être, de l’amélioration dans la composition génétique de toute une nation et, pour finir, de la délivrance de l’humanité de la misère.» [10]

Lors de l’arrestation de Karadzic en 2008, le psychiatre expert médico-légal Robert Kaplan de la Graduate School of Medicine, à l’université de Wollongong, en Australie, a confirmé dans le Sydney Morning Herald, ce que les recherches de la CCDH avaient mis au jour. Il a déclaré que Karadzic «a utilisé ses compétences pour planifier des tactiques de terreur pour le nettoyage ethnique» et «en tant que meurtrier génocidaire, Karadzic est un exemple extrême et peu commun du meurtrier médical, le phénomène des médecins qui tuent». «Les preuves mènent, dit-il, à un médecin qui a joué un rôle important dans son rôle génocidaire.» [11]

Karadzic a pratiqué la psychiatrie à l’hôpital du Kosovo jusqu’à ce qu’il devienne président de la Republika Srpska, une agence administrative en Bosnie-Herzégovine, en 1992, en amenant certains de ses infirmières et médecins avec lui. Il a obtenu son diplôme de médecine en 1971 et s’était spécialisé en psychiatrie. Comme l’a détaillé Kaplan, «Karadzic a surpris tout le monde quand il est apparu en tant que mandataire de Slobodan Milosevic, en utilisant la rhétorique nationaliste extrême d’un genre que l’on n’avait pas entendu en Europe depuis les nazis. Un nouveau terme est entré dans le vocabulaire: ʺnettoyage ethniqueʺ. Karadzic, un acteur essentiel dans la destruction, a mené le siège de Sarajevo, bombardant l’hôpital où il avait travaillé, tuant des collègues et des patients.» [12]

La CCDH espère que toute loi internationale découlant du procès concernant le nettoyage ethnique ordonné politiquement soit étendue à la législation nationale sur la politique de santé mentale. L’adjoint et porte-parole du secrétaire général Ban Ki-moon, Fanhan Haq, a déclaré aux journalistes que le jugement «communique un fort avertissement à tous ceux qui ont des postes à responsabilité, qui seront tenus pour responsables de leurs actes…» [13] Avec les règles du nettoyage ethnique émanant de la pensée psychiatrique et de l’euthanasie des personnes ayant des «troubles mentaux» (déjà approuvée aux Pays-Bas [14]), d’un point de vue des droits de l’Homme, il est nécessaire d’examiner de manière approfondie les règlements qui nuisent sous prétexte de prendre soin de la santé mentale.

La CCDH a également appelé à une plus grande mise en œuvre mondiale de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, qui fait également partie de la Charte internationale des droits de l’Homme [15] pour que les violations de l’article 5: «Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants» [16] soient poursuivies en justice.

Références

[1] “PHR Welcomes Guilty Verdict Against Radovan Karadzic, Key Figure in Bosnia’s Genocide ,” Physicians for Human Rights, 24 Mar. 2016, Source

[2] “Radovan Karadzic convicted of genocide, gets 40 years,” The Chicago Sun, 24 March 2016, Source

[3] “Radovan Karadzic convicted of genocide, gets 40 years,” The Chicago Sun, 24 March 2016, Source; “Radovan Karadzic, a Bosnian Serb, Gets 40 Years Over Genocide and War Crimes,” The New York Times, 24 Mar. 2016, Source

[4] “Radovan Karadzic: From psychiatrist to ‘Butcher of Bosnia’,” CNN, 24 Mar. 2016, Source

[5] ‘Butcher of Bosnia’ Radovan Karadzic sentenced to 40 years in 1995 genocide,” Fox News, 24 Mar. 2016, Source

[6] “Radovan Karadzic, a Bosnian Serb, Gets 40 Years Over Genocide and War Crimes,” The New York Times, 24 Mar. 2016, Source

[7] “Radovan Karadzic convicted of genocide, gets 40 years,” The Chicago Sun, 24 March 2016, Source

[8] Cees J. Hamelick, Media and Conflict Escalating Evil, (Routelege, New York, 2016), p. 26, Source;  Dale C. Tatum, Genocide at the Dawn of the 21st CenturyRwanda,  Bosnia, Kosovo, and Darfur, (Palgrave Macmillan, New York, 2010), p. 80, Source

[9] “Human suffering and degradation Following Ethnic Cleansing,” Council of Europe Parliamentary Assembly, doc 8493 rev. 1 Sept. 1999, Source

[10] Professor Frank Schneider, “Psychiatry under National Socialism – Remembrance and Responsibility,” DGPPN, 2010, Source

[11] Robert Kaplan, MD, “When saving lives morphs into torture and killing,” The Sydney Morning Herald, 24 July 2014, Source

[12] Robert Kaplan, MD, “When saving lives morphs into torture and killing,” The Sydney Morning Herald, 24 July 2014, Source

[13] Source

[14] “Number of Dutch killed by euthanasia rises by 13 per cent,” The Telegraph (UK), 24 Sept. 2013, Source

[15] Source

[16] Source

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